Apaisez votre esprit !
Se reconnecter à soi pour mieux s’ouvrir aux autres : un cercle vertueux qui se nourrit du lâcher-prise et de la stimulation des sens. Dans cette partie, vous trouverez un article bien-être.
Sortir pour regarder le ciel : une invitation à la contemplation
Voici une expérience que chacun peut s'offrir sans rien débourser, qui ne nécessite aucun matériel et ne requiert aucune compétence particulière. Elle consiste simplement à sortir de chez soi un soir, à la tombée du jour, pour contempler le ciel. Cette pratique, qui fut durant des millénaires le lot commun de l'humanité, est devenue bien rare. Nos vies se déroulent sous des toits et des plafonds, ou devant des écrans. Nous avons presque tous cessé de lever les yeux.
Il suffit pourtant de choisir un soir de ciel clair, de préférence loin des lumières de la ville, et de s'installer quelque part, en acceptant de ne rien faire d'autre que d'être là. Les minutes qui précèdent et suivent le coucher du soleil sont idéales, car elles offrent un moment singulier où le jour se retire sans que la nuit se soit encore complètement installée, la lumière changeant de minute en minute.
Ouvrir ses sens, un par un
Commencez par vous tenir immobile dans un endroit sûr et fermez les yeux. Pensez activement à prêter attention à tous les sons qui vous parviennent, sans chercher à les identifier d'abord. Le soir venu, la campagne et même les abords des villes s'animent d'une activité que le vacarme de la journée masquait. Les oiseaux diurnes lancent leurs derniers appels avant de se nicher pour la nuit. Un merle, perché au sommet d'un arbre, module longuement son chant dans la lumière déclinante. Puis viennent les voix de la nuit, le cri rauque et rassurant de la chouette hulotte, le hululement plus doux de la chevêche, et même le froissement d'un hérisson dans les feuilles. Avec un peu de chance et beaucoup de patience, on entend le vol d'une chauve-souris, ce claquement léger qui passe au ras de nos têtes. En acceptant le silence et l'immobilité, on discerne peu à peu des sons remarquables, le cerveau renouant avec une vigilance que des millénaires de vie nocturne avaient aiguisée."
Il est temps de convoquer votre odorat. Au moment où le sol refroidit et tandis que l'humidité monte, des odeurs que la chaleur du jour avait dispersées reviennent. L'herbe coupée, la terre mouillée et l’odeur des fleurs nocturnes qui ne libèrent leur parfum qu'après le crépuscule. Dans certaines régions, l'air du soir porte des senteurs que l'on ne perçoit à aucun autre moment.
Voici venu le moment d’ouvrir grands vos yeux. Comptez vingt à trente minutes pour que l'œil atteigne sa pleine sensibilité nocturne, une durée pendant laquelle il est préférable d'éviter toute lumière vive, y compris celle, polluante et superflue, d'un téléphone mobile. Regardez comme les étoiles apparaissent progressivement, d'abord les plus brillantes, puis des centaines d'autres, le ciel se révélant d'une richesse insoupçonnée.
La lune aux jumelles
Une simple paire de jumelles suffit à transformer votre observation. Inutile d'investir dans un télescope, les jumelles ordinaires que l'on garde pour les randonnées ou les spectacles conviennent parfaitement. Elles présentent même un avantage sur les instruments d’observation astronomique plus puissants : celui d'offrir un champ large et une image à l'endroit.
Un conseil toutefois, contrairement à ce que l'on croit, la pleine lune est le pire moment pour l’observation de notre satellite naturel. Son éclat éblouit et, le soleil l'éclairant de face, aucun relief ne projette d'ombre sur sa surface. Mieux vaut choisir les jours qui entourent les quartiers. L'éclairage rasant y creuse alors les cratères, dessine les montagnes et souligne les escarpements. La ligne qui sépare la zone éclairée de la zone obscure, que les astronomes nomment le terminateur, offre un spectacle des plus saisissants, avec ses pics qui captent la lumière alors que les vallées demeurent noires.
Même le grossissement modeste d’une paire de jumelles suffit pour distinguer les grandes mers de basalte, les cratères les plus importants, et le réseau de rayons clairs qui irradie depuis Tycho. Il suffit de penser que ces reliefs se trouvent à trois cent quatre-vingt mille kilomètres pour que l'observation prenne une tout autre épaisseur.
Ce que la contemplation nous enseigne
Quelques dizaines de kilomètres au-dessus de nos têtes commence un domaine d'une hostilité absolue. L'air s'y raréfie jusqu'au vide, la température s'y effondre, et le rayonnement cosmique, que notre atmosphère et le champ magnétique terrestre arrêtent ou dévient, y frappe avec violence toute matière vivante. Sur la Lune, le sol passe de cent vingt degrés la journée à moins cent soixante-dix degrés selon qu'il reçoit ou non la lumière du soleil. Aucun son ne s'y propage. Aucune goutte d'eau ne s'y maintient à l'état liquide. Rien ne peut y respirer.
Entre cette immensité stérile, brûlante ou glaciale, et nous, il n'y a qu'une pellicule de gaz dont l'épaisseur utile se mesure en dizaines de kilomètres. Rapportée aux dimensions de la planète, elle est plus fine que la peau d'une pomme. C'est dans cette mince enveloppe que tient la totalité du vivant connu : les forêts, les plantes, les animaux et les hommes. Prendre conscience de cette fragilité ne doit pas inquiéter. Au contraire ! Cette connaissance devrait nous émerveiller. Nous respirons sans y penser un air qui n'existe nulle part ailleurs à notre connaissance. Nous marchons sur un sol tiède, sous un ciel qui nous protège, dans un monde où l'eau coule et où les chouettes s'appellent tranquillement. Nous tenons pour acquise cette improbable douceur, alors qu'elle constitue, dans tout l'univers observable, une exception absolue.
Il n'est pas nécessaire d'être savant pour éprouver notre chance d’être vivants. Il suffit de sortir un soir, de lever les yeux, et de rester là un moment.